L’éternelle valeur de la vie privée

This is a French translation of Bruce Schneier’s 2006 essay The Eternal Value of Privacy.

Ce qui suit est la traduction par mes soins du texte de Bruce Schneier intitulé The Eternal Value of Privacy.

— L’éternelle valeur de la vie privée —

La réponse la plus courante que font aux partisans de la protection de la vie privée ceux qui approuvent les contrôles d’identité, les caméras, les bases de données, le forage de ces données et autres mesures de surveillance globale à tort et à travers – est le fameux « Si vous ne faites rien de mal, qu’avez-vous donc à cacher ? »

Quelques réparties possibles : « Si je ne fais rien de mal, vous n’avez aucun motif pour m’espionner » ; « C’est le gouvernement qui détermine ce qui est “mal”, or cette définition est sans cesse modifiée » ; « Vous pourriez utiliser ces données sur moi pour commettre quelque mauvaise action ». Ce qui m’ennuie avec ces réponses pleines d’esprit – qui sont tout à fait justes – c’est qu’elles acceptent le principe que la protection de la vie privée cherche à dissimuler des mauvaises actions. Or ce n’est pas le cas. Le droit à une vie privée est un droit inaliénable de l’être humain, ainsi qu’une condition minimale sine qua non d’une condition humaine accomplie dans la dignité et le respect.

Continue Reading…

Indeed.

There’s something so heart-warming about seeing people who have an authority much greater than yours stating clearly something you’ve been trying to explain to people for several years…

You know, just between you and me, I sometimes worry that there is a naive view loose out there — most students come to linguistics believing it, and there appear to be some professional linguists who regard it as central and explanatory — that language has something to do with purposes of efficiently conveying information from a speaker to a hearer. What a load of nonsense. I’m sorry, I don’t want to sound cynical and jaded, but language is not for informing. Language is for accusing, adumbrating, attacking, attracting, blustering, bossing, bullying, burbling, challenging, concealing, confusing, deceiving, defending, defocusing, deluding, denying, detracting, discomfiting, discouraging, dissembling, distracting, embarassing, embellishing, encouraging, enticing, evading, flattering, hinting, humiliating, insulting, interrogating, intimidating, inveigling, muddling, musing, needling, obfuscating, obscuring, persuading, protecting, rebutting, retorting, ridiculing, scaring, seducing, stroking, wondering, … Oh, you fools who think languages are vehicles for permitting a person who is aware of some fact to convey it clearly and accurately to some other person. You simply have no idea.

That’s straight from the keyboard of one Geoffrey K. Pullum, distinguished linguist, yesterday on Language Log. Ah, qu’en termes efficaces (sic!) ces choses-là sont dites !

It fills me with glee (I am, admittedly, easily made gleeful. I count this as a quality).

Springfield

Un texte écrit au cours de l’atelier d’écriture animé par Kinda Mubaideen dans le cursus du Master de Traduction Littéraire à l’ITI-RI (Strasbourg).
La consigne était cette fois d’imaginer ce que pourrait être notre écriture si c’était un monument ou un lieu. L’exercice se fonde sur l’idée du poète Victor Segalen qui inventa les poèmes dits stèles, dont la forme provient directement des stèles dunéraires et autres qu’il recontra lors d’un voyage en Chine. Le trajet est ici inverse, donc, de l’écriture à son équivalent métaphorique architectural.

*

C’est un endroit presque fractal dans l’impression d’infini qui s’en dégage, dans sa répétition…mais là où les fractales naissent dans les choux (Romanesco, je veux dire), ici tout est fabriqué par la main de l’homme, sa main formée au geste habituel, sa main qui radote ; par son pied botté, pour le confort et l’efficacité, botté de totalitarisme et d’uniformité – ici tout est artificiel, construit, pensé, tout vient comme on dit d’un procès, ce qui n’est pas une garantie d’intelligence. Vertige nonsensique. Pas de grand Architecte, mais plutôt un comité, du genre qui préside aux destinées du voisinage fleuri : dahlia, pensées, soucis ? On a d’ailleurs planifié décidé dessiné même la sinuosité, pour le naturel, voyez, celui qui ne revient, en fait, jamais au galop. Ici on roule en voiture, au pas de préférence, et les chevaux sont probablement interdits. Rien pour distraire l’œil de la litanie de maisons modèle A B ou C, rien pour distraire malgré les customisations peinturisations modifications que chaque famille peut apporter – librement ! – à son home, sweet home. Les fioritures, donc. La surface, la répétition, les détails. Ce qui reste, maintenant, c’est l’intime – le dedans de chacun. Une demeure, une famille, un individu, un intérieur de boyaux et de sang, un cerveau, 5 ou 6 sens, tout ce qu’on pense et ce qu’on ressent. La banlieue des Simpson c’est une ruche, aussi : rayon après rayon, les mêmes tubes hexagonaux, et dans chaque cellule de la cire, une cire, cette cire-là ; le poisseux du personnel, le temporel, qui passe par des yeux – uniques, forcément, un matériau unique, cette cire, et pourtant primal et commun – et les mots pour essayer de le rendre, le refaire, l’ordonnancer, pour qu’on puisse enfin danser. Dans la rue, pourquoi pas. La différence cachée dans l’identité, le secret du désir caché derrière la façade rose bonbon, pour faire plus gai, saumon, pour faire plus vrai, mais la pierre naturelle est recommandée si c’est le luxe que vous recherchez. Les Simpson de banlieue c’est l’humour de l’humain, son pathétique, ses temps modernes et radioactifs autant que son éternel féminin, masculin, américain, son éternel train-train. Ca s’écrit dans le micro, et l’accumulation, et dans la parure et dans la répétition, dans la tentative de faire s’agiter les petites maisons identiques, que la route bitumée elle-même secoue son popotin. Il y a des tas de choses que suburbia n’est pas, et elle le sait, et il y a des choses qu’elle est : pas un espace ouvert mais un espace clos, pas un lieu de travail mais un endroit dortoir, un investissement immobilier… un terrier. La seule échappatoire est comme ça vers l’intérieur, elle demande un effort, faut creuser, c’est une fuite en avant dedans – j’écris prisonnier, d’être moi, mais souvent je propose une accumulation, des impressions, des digressions… comme dans sa maison, pour se distraire, un banlieusard allume la télévision, un teenager ouvre son diary. On y habite, là. Si on veut, barricadé derrière les volets, on peut y être soi.

(La banlieue résidentielle américaine, modèle Springfield)

*

Strasbourg

Un texte écrit en tant qu'”escale” parmi d’autres lors de l’atelier d’écriture animé par Kinda Mubaideen dans le cursus du Master de Traduction Littéraire à l’ITI-RI (Strasbourg). La consigne était de se concentrer sur un très court moment, et sur la perception. C’est le souvenir amélioré d’un vrai moment de printemps de l’an 2007.

*

Je n’avais jamais vu de magnolia avant – faux, je les avais vus, ceux-ci, je les ai passés tout l’hiver, et l’automne avant ça, je leur suis passée devant tous les jours sans savoir ; un magnolia, c’est ça.
Cette explosion de pétales blancs, roses à la base, roses à l’arête pour ainsi dire, n’a rien à voir avec l’association étroite qui, dans ma tête, liait jusqu’ici le magnolia au braiement lyrique d’un chanteur électrisé, vedette du passé, refrain éculé. Ce matin en tout cas, je les vois les magnolias. Je ne vois que ça.
Le tramway passe et je ne fais que l’entendre. Mes pieds se remettent en route, que je puisse, à l’arrêt, aller attendre le prochain. Du quai, je continue de contempler ces arbres dont l’importance a subitement triplé dans mon existence.
Autour de moi des gens vont et des gens viennent, les pneus des vélos chuintent sur la piste cyclable, une voiture freine pour laisser un piéton s’engager sur un zèbre, le soleil brillote et les oiseaux gazouillent… Peu importe. Les magnolias sont en fleurs, rien qu’en fleurs, pas une feuille à l’horizon, et je n’avais jamais vu ça.

L’air du fameux tube me reste dans la tête toute la semaine.

*

Santa Clara

Un texte écrit en tant qu'”escale” parmi d’autres lors de l’atelier d’écriture animé par Kinda Mubaideen dans le cursus du Master de Traduction Littéraire à l’ITI-RI (Strasbourg). La consigne était de se concentrer sur un très court moment, et sur la perception. C’est le souvenir amélioré d’un vrai moment passé en Californie en 2004.

*

La plage est bordée d’un côté par une petite falaise qui rejoint le trottoir où la ville continue, voitures, passants, et les familles qui viennent se divertir à l’arcade. Dans une anfractuosité du roc une femme a fait un nid temporaire ; elle y est assise, jambes à demi pliées, à lire un livre tandis que les mouettes laissent en contrebas des traces dans le sable mouillé. A mes pieds, un éclat mat et rugueux étoile de rouge carmin le gris terne du sol, souvenir d’un animal marin encarapaçonné. Le soleil apparaît, puis repart. La femme au livre dans sa falaise se bat contre le vent qui veut tourner sa page ; le gamin derrière moi qui chipe du pop-corn à sa soeur n’en voit rien ; un klaxon retentit qui ne dérange personne. Elle serre son coude contre sa jupe verte, son épaule frissonne. La page lui résiste, les deux coins voletant de la même intention, et elle qui la retient, doigts pinçant son milieu, et qui tire, un petit mouvement décidé suffisant à la fin pour finir sa lecture.

*

établi

Un texte écrit au cours de l’atelier d’écriture animé par Kinda Mubaideen dans le cursus du Master de Traduction Littéraire à l’ITI-RI (Strasbourg). Cet exercice se concentrait sur le caractère multiculturel des jeux de langues.

*

établi

   Un mot sur lequel on peut tabler, un mot sûr et plat, solidement campé,
qui n’est pas en-ssement-cé, pas brillant ni poli ; c’est le cousin d’une étable après tout.
   Quand le bocal tombe, les clous dessus s’arrangent, une pluie plutôt jolie
— on dirait qu’il me dit que quand je suis née il était déjà là,

pour Papa,       

       et avant lui, un autre pour mon grand-père ;
   chacun son établi — une habitude bien établie,
chacun son tablier.

*

‘Workbench’ pour établi c’est en anglais un mot plus large, des gros muscles, une force qui semble plus mécanique que la vivacité qui anime l’établi — elle est dans le ‘i’, il faut croire? Le ‘i’ pas si rouge que ça finalement.
Bench, on pose son cul dessus, on y est à plusieurs ; bench n’a rien de la solitude du bricoleur, de sa concentration et de sa légereté, qui s’associent, pour moi, en français, à son établi. Work, well. Work sounds like beurk.

Workbench vit dans un workshop — work, work, ils n’ont que ce mot à la bouche ! L’un contre l’autre, workshop, chop chop, et tout soudain en français c’est l’atelier qui revient, l’artiste, la petite-main…
Si je pense à ceux que je connais intimement, établi c’est rustique et personnel, workshop est si commercant, si… mercantile, presque esclavagiste — workshop trimballe en lui son propre magasin, et son contremaître, et son yardstick et sa mécanique et et et

*