établi

Un texte écrit au cours de l’atelier d’écriture animé par Kinda Mubaideen dans le cursus du Master de Traduction Littéraire à l’ITI-RI (Strasbourg). Cet exercice se concentrait sur le caractère multiculturel des jeux de langues.

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établi

   Un mot sur lequel on peut tabler, un mot sûr et plat, solidement campé,
qui n’est pas en-ssement-cé, pas brillant ni poli ; c’est le cousin d’une étable après tout.
   Quand le bocal tombe, les clous dessus s’arrangent, une pluie plutôt jolie
— on dirait qu’il me dit que quand je suis née il était déjà là,

pour Papa,       

       et avant lui, un autre pour mon grand-père ;
   chacun son établi — une habitude bien établie,
chacun son tablier.

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‘Workbench’ pour établi c’est en anglais un mot plus large, des gros muscles, une force qui semble plus mécanique que la vivacité qui anime l’établi — elle est dans le ‘i’, il faut croire? Le ‘i’ pas si rouge que ça finalement.
Bench, on pose son cul dessus, on y est à plusieurs ; bench n’a rien de la solitude du bricoleur, de sa concentration et de sa légereté, qui s’associent, pour moi, en français, à son établi. Work, well. Work sounds like beurk.

Workbench vit dans un workshop — work, work, ils n’ont que ce mot à la bouche ! L’un contre l’autre, workshop, chop chop, et tout soudain en français c’est l’atelier qui revient, l’artiste, la petite-main…
Si je pense à ceux que je connais intimement, établi c’est rustique et personnel, workshop est si commercant, si… mercantile, presque esclavagiste — workshop trimballe en lui son propre magasin, et son contremaître, et son yardstick et sa mécanique et et et

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