Strasbourg

Un texte écrit en tant qu'”escale” parmi d’autres lors de l’atelier d’écriture animé par Kinda Mubaideen dans le cursus du Master de Traduction Littéraire à l’ITI-RI (Strasbourg). La consigne était de se concentrer sur un très court moment, et sur la perception. C’est le souvenir amélioré d’un vrai moment de printemps de l’an 2007.

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Je n’avais jamais vu de magnolia avant – faux, je les avais vus, ceux-ci, je les ai passés tout l’hiver, et l’automne avant ça, je leur suis passée devant tous les jours sans savoir ; un magnolia, c’est ça.
Cette explosion de pétales blancs, roses à la base, roses à l’arête pour ainsi dire, n’a rien à voir avec l’association étroite qui, dans ma tête, liait jusqu’ici le magnolia au braiement lyrique d’un chanteur électrisé, vedette du passé, refrain éculé. Ce matin en tout cas, je les vois les magnolias. Je ne vois que ça.
Le tramway passe et je ne fais que l’entendre. Mes pieds se remettent en route, que je puisse, à l’arrêt, aller attendre le prochain. Du quai, je continue de contempler ces arbres dont l’importance a subitement triplé dans mon existence.
Autour de moi des gens vont et des gens viennent, les pneus des vélos chuintent sur la piste cyclable, une voiture freine pour laisser un piéton s’engager sur un zèbre, le soleil brillote et les oiseaux gazouillent… Peu importe. Les magnolias sont en fleurs, rien qu’en fleurs, pas une feuille à l’horizon, et je n’avais jamais vu ça.

L’air du fameux tube me reste dans la tête toute la semaine.

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